nos chouchous de la rentrée 2011

Désolations, de David Vann
éditions Gallmeister

Sur les rives d'un lac glaciaire au coeur de la péninsule de Kenai, en Alaska, Irene et Gary ont construit leur vie, élevé deux enfants aujourd'hui adultes.
Mais après trente années d'une vie sans éclat, Gary est déterminé à bâtir sur un îlot désolé la cabane de ses rêves. Irene se résout à l'accompagner en dépit des inexplicables maux de tête qui l'assaillent et ne lui laissent aucun répit. Entraînée malgré elle dans l'obsession de son mari, elle le voit peu à peu s'enliser dans ce projet démesuré. 

notre avis
Après le coup de cœur-coup de poing de son premier roman Sukkwan Island, David Vann retrouve les étendues glacées de l’Alaska et poursuit son exploration de l’âme humaine et de sa solitude. Et après avoir disséqué les relations père-fils, il s’attaque cette fois au couple. Et ça fait mal encore une fois : son écriture toujours ciselée nous entraine vers une fin inéluctablement tragique. On en redemande !



Les villes de la plaine, de Diane Meur
éditions Sabine Wespieser

Les Villes de la plaine est un roman antique, campé dans une civilisation imaginaire qui emprunte des traits à l’Egypte et à la Babylonie, mais aussi à l’Ancien Testament.
Une civilisation du Livre, monothéiste avant l’heure, qui malgré son exotisme nous est bien plus proche qu’il n’y paraît. Asral, le personnage-clef du roman, est scribe : sa mission est de produire une copie neuve du « testament d’Anouher », ce héros mythique qui donna des lois à la ville de Sir. Très vite il s’avise que la langue sacrée qu’il transcrit est vieillie, que ses mots ont changé de sens, et que par conséquent la vraie fidélité à l’esprit des lois consisterait à les reformuler, afin qu’elles soient à nouveau comprises telles qu’elles avaient été pensées quatre ou cinq siècles plus tôt.


notre avis
"Une belle fable politique et romanesque".
Quand Ordjéneb-le-montagnard arrive à Sir, il a du mal à comprendre les codes de l'orgueilleuse ville, et il se fait mal recevoir.
Il va pourtant trouver du travail chez Asral, le scribe chargé de recopier les lois d'Anouher, le législateur mythique qui fait l'objet de toutes les dévotions de cette civilisation antique imaginaire. Il va aussi rencontrer l'amour de Djili la lavandière, mais c'est une autre partie de l’histoire...
Surtout, c'est grâce à lui et à ses questions naïves qu'Asral va peu à peu avoir des doutes sur la nature même du système politique et religieux hérité d'Anouher, système qui est devenu rigide à force de fidélité. Cela va entraîner des bouleversements dramatiques inattendus, où Ordjéneb prendra sa part.
Peu à peu, à force de détails subtils et à travers une galerie de personnages attachants, Diane Meur nous plonge dans un monde disparu qui semble pourtant familier, et nous amène tout naturellement vers le drame de la fin d’une civilisation. Elle nous fait surtout réfléchir mine de rien, à travers un roman au souffle épique, sur des thèmes comme la liberté individuelle face à la tradition, le gout du pouvoir et son partage, l'ordre si bien établi qu’on oublie de le remettre en cause: que des questions d'actualité finalement !


Limonov, de Emmanuel Carrère
Editions POL

« Limonov n’est pas un personnage de fiction.
Il existe. Je le connais. Il a été voyou en Ukraine ; idole de l’underground soviétique sous Brejnev ; clochard, puis valet de chambre d’un milliardaire à Manhattan ; écrivain branché à Paris ; soldat perdu dans les guerres des Balkans ; et maintenant, dans l’immense bordel de l’après-communisme en Russie, vieux chef charismatique d’un parti de jeunes desperados. Lui-même se voit comme un héros, on peut le considérer comme un salaud : je suspends pour ma part mon jugement.

C’est une vie dangereuse, ambiguë : un vrai roman d’aventures. C’est aussi, je crois, une vie qui raconte quelque chose. Pas seulement sur lui, Limonov, pas seulement sur la Russie, mais sur notre histoire à tous depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale ».


notre avis 
Quelle richesse dans le dernier roman d’Emmanuel Carrère ! Evoquant le parcours trouble et tumultueux de ce personnage qu’est Limonov – à la fois poète, écrivain, voyou, homme politique - il parle aussi de lui, de nous, de l’époque, du bien et du mal, bref de la vie.
Son écriture splendide a encore gagné en simplicité, en évidence : un des plus beaux livres de cette rentrée littéraire



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